Ma fille rêve de devenir ostéo

Je partage ici le témoignage d’une consoeur (Emilie Mathieu – www.osteoanimo.jimdo.com) qui est très réaliste.

 

MA FILLE RÊVE DE DEVENIR OSTÉO

 

« Ma fille aimerai tellement devenir ostéo, pourriez-vous la conseiller ?
- quel âge a-t-elle ?
- 13ans
- … »

 

Donc oui actuellement toutes les cavalières de 13 ans rêvent de devenir ostéo et tous les parents inquiets souhaitent avoir des informations sur les études et le métier.
Comme la question m’est posée (trop ?) souvent, il est temps de rédiger cet article pour vous présenter mon merveilleux mais si difficile métier.

 

Les études

Depuis 2017 la durée des études est officiellement fixée à 5 ans en école d’ostéopathie après le bac. Le cursus comprend des matières multiples : de l’anatomie, de l’anatomie et encore de l’anatomie !!!

Bon ok, y a aussi de la biologie, de la physiologie, de l’embryologie, de la pathologie, de la biomécanique, de la maréchalerie, de la dentisterie, de l’éthologie, de la reproduction, de l’endocrinologie, de la neurologie, de la radiologie, de la physiothérapie, de la nutrition, … en guise de culture générale approfondie

Et enfin les matières ostéo. L’histoire, la philosophie, les principes mécaniques et physiologiques. Diverses approches : Mécaniste/Structurel, Crânio-Sacré, Tissulaire, Fluidique, et tant d’autres allant du plus « scientifique » au plus « énergétique ». Toutes les écoles ne reconnaissent pas et/ou n’enseignent pas toutes ces approches.

Ce sont des études très poussées et assez exigeantes à plein de niveaux. De la motivation il en faut mais également de la rigueur au travail et un bon niveau scolaire.

Après avoir validé les 5 années d’études il faudra encore repasser un examen supplémentaire réclamé par le CNOV : conseil national de l’ordre des vétérinaires (un surcoût à prévoir en plus du payement d’études plutôt chères) afin de pouvoir réaliser des actes d’ostéopathie pour les non vétérinaires.
Oui mais madame Magicmimine elle est ostéo sans avoir fait toutes ces études !

Madame Magicmimine a probablement fait ses études avant 2017 et le cursus était alors différent, elle devra cependant compléter ses études au besoin et passer l’examen d’aptitude du CNOV comme TOUS les ostéopathes de France.

 

Et monsieur EncorePlusMagicMimine lui il est rebouteux/ massothérapeute / physiothérapeute, donc pas besoin d’examen pour lui ?

Et bien si, car  » On entend par « acte d’ostéopathie animale » les manipulations ayant pour seul but de prévenir ou de traiter des troubles fonctionnels du corps de l’animal, à l’exclusion des pathologies organiques qui nécessitent une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents physiques. Ces manipulations sont musculo-squelettiques et myo-fasciales, exclusivement manuelles et externes. Pour la prise en charge de ces troubles fonctionnels, les personnes réalisant des actes d’ostéopathie animale effectuent des actes de manipulations et mobilisations non instrumentales, directes et indirectes, non forcées.  »

Donc Monsieur EncorePlusMagicMimine  peut appeler sa profession comme il le souhaite, à partir du moment où il compte traiter des troubles fonctionnels et réaliser des manipulations musculosquelettiques il pratique bien l’ostéopathie animale et si il ne se régularise pas il se trouve en situation de pratique illégale de la médecine vétérinaire.

 

Ok les études c’est bien mais le métier en lui-même ??

A 13 ans ce qu’on voit c’est que l’ostéo passe sa vie avec des poney et des gentils toutous. Derrière l’image idyllique se cache une réalité un peu différente.

Après avoir survécu à 5 ans d’études et 2 examens, être ostéopathe animalier c’est d’abord réussir à se faire sa place dans le respect des consœurs et confrères et dans une activité qui est de plus en plus bouchée : pas de numérus clausus et des écoles qui sortent des diplômés à la pelle chaque année. Le talent et le professionnalisme seront alors vos meilleurs alliés.

C’est également être indépendant, avec tous les avantages que cela procure mais également avec toutes les complications : être son propre patron, gérer une entreprise au-delà de ses consultations, tenter d’avoir une vie entre les activités d’ostéo, la comptabilité, le secrétariat, des heures à échanger par téléphone ou par écrit avec des propriétaires inquiets, organiser au mieux l’agenda, répondre aux urgences, …

C’est également échanger régulièrement avec notre meilleur ami le RSI et son copain l’URSSAF, ne pas avoir de salaire fixe, avoir (au moins au début) des mois complètement creux, d’autres ultra surbookés, C’est aussi travailler (en partie) en extérieur, toute l’année, même par -15 ressentis, même par 35 degrés, ce sont des heures passées sur la route, c’est avoir une notion floue du weekend end, ne pas vraiment réussir à décrocher pendant les vacances.

C’est rencontrer des cas difficiles, accueillir parfois les larmes des humains, les douleurs des animaux, essayer de rester à sa juste place. De référer au bon moment, de conseiller au mieux sans juger, sans détenir LA vérité. C’est accompagner nos petits et grands patients autant que possible, parfois jusque dans leurs dernières heures, parfois apprendre après coup leur départ.

C’est passer (et ça je suis persuadée que c’est indispensable pour tout bon thérapeute) par une phase de remise en question de soi, de développement personnel, de guérison de ses propres blessures. Étapes toujours merveilleuses mais oh combien difficiles par moment.
C’est également se former en continue. La discipline est en plein essor et de nombreuses approches ou techniques se développent. Ces week-end ou semaines de formation ont également un coût, aussi bien en terme financier qu’en terme de temps.

Ha les finances aussi parlons-en !!! Oui la consultation peut paraître chère, mais non on ne se met pas la totalité bien au chaud dans la poche. Une fois passé les impôts, les nombreuses et coûteuses assurances, les frais bancaires élevés des comptes pro, les différentes formations, l’entretien de la voiture, les pleins d’essence …. Voilà voilà :D

 

Mon dieu ça fait peur tout ça !!

Oui, le but ici n’est pas de vous mentir et de vous dire que c‘est le métier de rêve qui est facile et va forcément faire votre bonheur à chaque seconde et votre richesse …

Mais je ne vais pas non plus vous dire que ce métier ne fait pas mon bonheur au quotidien.
Oui c’est dur, oui y a beaucoup de difficultés, oui parfois on est à bout physiquement ou mentalement quand on s’est un peu trop oublié dans le processus…
Pour ma part c’est une vocation que je pratique avec une joie non dissimulée même si il y a eu et il y a encore parfois beaucoup de larmes, de fatigue, de découragement.

Alors pour en revenir à la question de départ, on pourrait la décliner en plusieurs formes : je cherche un stage de 3e / je suis en terminale et je voudrais devenir ostéo /ma fille de 13 ans rêve d’être ostéo / je ne me plais pas dans mon métier et je rêve de reconversion… comment faire ?

Je ne peux que vous encourager à poursuivre vos rêves, mais en conscience de la formation nécessaire, de la réalité du terrain, et des évolutions du cadre législatif.

 

On ne devient pas ostéo parce que c’est cool de bosser avec des poneys,

 

Comme on ne devient pas infirmière parce que la tenue est sexy,

 

Ou prof pour les vacances scolaires.

 

Sinon on ne pourra pas s’épanouir dans cette merveilleuse vocation, on ne pourra pas donner le meilleur de soit même, les bons jours comme les mauvais, par -15 ou par 35 degrés.

Marine Le Roux

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